Une affaire de conviction
C'est ce que l'on dit souvent de l'écriture, et c'est une assertion exacte, mais ce n'est pas la seule. Trop souvent, on oublie que l'écriture n'est pas une course, ni une compétition. Qu'il s'agit d'un chemin à arpenter, peu importe l'allure, contre soi. Nullement contre les autres - de manière idéologique, conceptuelle ou concrète.
Trop souvent, j'oublie cela.
Ecrire, c'est aller contre soi. Aller contre la paresse, contre la page blanche, contre la monotonie. Il faut se forcer, forcer encore si l'on n'a pas le courage, et éviter de se répéter, de s'ennuyer et d'ennuyer les hypothétiques lecteurs.
En aucun cas, l'écriture ne doit être un moyen d'aller contre les autres. Ou alors, vous êtes écrivain public, vos écrits sont politiques, polémiques, et ne relèvent pas de l'Art, celui qui est pur, sans autre influence que l'imagination de son auteur, ses envies, son envie d'aller au-delà de ses capacités. D'aller contre ses limites. L'art libre, l'art pur, l'art pour l'art, l'écrit pour l'écrit.
Pour l'instant, tout cela relève de la conviction. Mais encore ?
Ecrit-on pour finir un texte ou pour le plaisir d'écrire ? De même, entame-t-on une peinture pour le plaisir de peindre ou celui de terminer un travail ? Je me suis posée la question aujourd'hui, et je ne sais absolument pas comment y répondre. Car, quand je commence un texte, je m'efforce de le terminer, sinon je l'estime gâché, perdu, nul et sans lecteur possible. Je n'écris plus pour écrire, j'écris pour être lue, et c'est probablement ce que la signature du contrat avec l'Olibrius Céleste a changé en moi.
Nous sommes tous auteurs à des degrés divers, que je serai incapable de déterminer car je ne les connais pas tous. Leurs ramifications doivent être complexes, tordues, et quelqu'un de plus doué que moi pour la réflexion intellectuelle aura classifié tout ça.
Pourtant, je crois avoir atteint un stade d'écriture différent. Je me suis améliorée, dans le style, la façon de procéder, certes, mais là n'est pas la question. Ce qui a changé, c'est mon rapport à l'écriture. Ca n'a pas été soudain, ni direct, c'est venu petit à petit pendant les corrections. En parrallèle j'écrivais des nouvelles, et celles qui n'avaient pas de chance d'être terminées à temps pour les appels à texte, je les ai abandonnées. Comme ça, sans scrupules ni remords. Des idées orphelines. Des textes orphelins. Je suis une mère indigne qui n'en est nullement indignée, car elle a d'autres petits mieux portants, comme la nouvelle Les deux orfèvres, qui est la seule que j'aie envoyée car terminée, car à la hauteur, car ayant ses chances. Ayant ses chances, oui, car pire encore que l'abandon, j'ai renié des textes terminés que je ne jugeais pas assez bons. Ils ne sont pas à la poubelle, ils ne sont pas supprimés, ils sont en attente. Comme mon texte pour l'AT "Eau" de Griffe d'Encre.
De l'écrit pour l'écriture, je suis passée au stade de l'écrit pour la lecture. Oserai-je dire, d'artisan de l'écriture ?
Ne voyez aucune prétention dans cette entrée, je fais juste un état des lieux. Un peu trop lyrique dans le ton, pas trop mélodramatique je crois, intéressant je l'espère. Je suis quand même désappointée de constater que je n'écris plus seulement pour le plaisir - car contrairement à ce que cet article pourrait laisser croire, je n'écris pas uniquement pour être lue, le plaisir est toujours présent, mais démultiplié dès lors que je sais que ce que j'écris pourra plaire et être lu. La publication papier n'est pas le seul moyen d'être lue, d'ailleurs.
Le titre vient du chapitre 2 du dernier livre d'Haruki Murakami, Autoportrait de l'auteur en coureur de fond. Toute la réflexion a d'ailleurs été provoquée par et inspirée du court paragraphe qu'il a consacré à cette "affaire de conviction". Un très bon livre que je conseille à tous les auteurs d'ailleurs. J'en suis à la moitié et c'est passionnant, très instructif aussi.
Trop souvent, j'oublie cela.
Ecrire, c'est aller contre soi. Aller contre la paresse, contre la page blanche, contre la monotonie. Il faut se forcer, forcer encore si l'on n'a pas le courage, et éviter de se répéter, de s'ennuyer et d'ennuyer les hypothétiques lecteurs.
En aucun cas, l'écriture ne doit être un moyen d'aller contre les autres. Ou alors, vous êtes écrivain public, vos écrits sont politiques, polémiques, et ne relèvent pas de l'Art, celui qui est pur, sans autre influence que l'imagination de son auteur, ses envies, son envie d'aller au-delà de ses capacités. D'aller contre ses limites. L'art libre, l'art pur, l'art pour l'art, l'écrit pour l'écrit.
Pour l'instant, tout cela relève de la conviction. Mais encore ?
Ecrit-on pour finir un texte ou pour le plaisir d'écrire ? De même, entame-t-on une peinture pour le plaisir de peindre ou celui de terminer un travail ? Je me suis posée la question aujourd'hui, et je ne sais absolument pas comment y répondre. Car, quand je commence un texte, je m'efforce de le terminer, sinon je l'estime gâché, perdu, nul et sans lecteur possible. Je n'écris plus pour écrire, j'écris pour être lue, et c'est probablement ce que la signature du contrat avec l'Olibrius Céleste a changé en moi.
Nous sommes tous auteurs à des degrés divers, que je serai incapable de déterminer car je ne les connais pas tous. Leurs ramifications doivent être complexes, tordues, et quelqu'un de plus doué que moi pour la réflexion intellectuelle aura classifié tout ça.
Pourtant, je crois avoir atteint un stade d'écriture différent. Je me suis améliorée, dans le style, la façon de procéder, certes, mais là n'est pas la question. Ce qui a changé, c'est mon rapport à l'écriture. Ca n'a pas été soudain, ni direct, c'est venu petit à petit pendant les corrections. En parrallèle j'écrivais des nouvelles, et celles qui n'avaient pas de chance d'être terminées à temps pour les appels à texte, je les ai abandonnées. Comme ça, sans scrupules ni remords. Des idées orphelines. Des textes orphelins. Je suis une mère indigne qui n'en est nullement indignée, car elle a d'autres petits mieux portants, comme la nouvelle Les deux orfèvres, qui est la seule que j'aie envoyée car terminée, car à la hauteur, car ayant ses chances. Ayant ses chances, oui, car pire encore que l'abandon, j'ai renié des textes terminés que je ne jugeais pas assez bons. Ils ne sont pas à la poubelle, ils ne sont pas supprimés, ils sont en attente. Comme mon texte pour l'AT "Eau" de Griffe d'Encre.
De l'écrit pour l'écriture, je suis passée au stade de l'écrit pour la lecture. Oserai-je dire, d'artisan de l'écriture ?
Ne voyez aucune prétention dans cette entrée, je fais juste un état des lieux. Un peu trop lyrique dans le ton, pas trop mélodramatique je crois, intéressant je l'espère. Je suis quand même désappointée de constater que je n'écris plus seulement pour le plaisir - car contrairement à ce que cet article pourrait laisser croire, je n'écris pas uniquement pour être lue, le plaisir est toujours présent, mais démultiplié dès lors que je sais que ce que j'écris pourra plaire et être lu. La publication papier n'est pas le seul moyen d'être lue, d'ailleurs.
Le titre vient du chapitre 2 du dernier livre d'Haruki Murakami, Autoportrait de l'auteur en coureur de fond. Toute la réflexion a d'ailleurs été provoquée par et inspirée du court paragraphe qu'il a consacré à cette "affaire de conviction". Un très bon livre que je conseille à tous les auteurs d'ailleurs. J'en suis à la moitié et c'est passionnant, très instructif aussi.
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